Les leçons d’une crise sanitaire

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Je sais.
Au moment où j’écris ces lignes, on n’est pas encore sorti de la crise sanitaire qui nous plombe l’ambiance depuis deux ans. On navigue encore à vue, on s’inquiète, on s’évite, on se blinde derrière ce qu’on peut, on se protège, et la crise fait encore vivre un enfer à nos soignants, à nos premiers de corvées et à une génération de jeunes gens qui auront brûlé deux années pour rien ou pas grand chose.

Cela dit, même si cette crise n’est pas terminée, je vais te faire part de ce que j’ai appris ou -appris pendant ces deux années qui m’auront passablement bousculé, et, ma foi, dans le bon sens.
Parce que oui, j’ai été chahuté, ébranlé, bousculé par la situation quotidienne et par tout ce qui a pu se dire dans un flot de surcharge informationnelle qu’on appelle à juste titre une infodémie. J’ai écouté, entendu, filtré, accepté, refusé, critiqué, replacé les idées les unes par rapport aux autres, revissé mes boulons perso pour arriver enfin à articuler une réflexion qui couvre deux ou trois points liés les uns aux autres :
1- Je me suis re-connecté à moi-même.
2- J’ai dépoussiéré des mots et des concepts qui nous sont présentés depuis trop longtemps comme désuets. Je les ai de nouveau remplis glorieusement et j’en ai découvert toute la puissance, aujourd’hui érodée par un individualisme qui nous colle aux doigts comme un mauvais sparadrap.
3- J’ai appris combien nos démocraties libérales sont vulnérables, attaquées de l’intérieur par une perte de consensus et par des réseaux sociovoyous qui jouent leur propre jeu non-démocratique.
Dans ce qui va suivre, tu vas voir beaucoup de mots en gras parce que je tiens à les surligner vu leur importance.

je me suis reconnecté à moi-même

– Je me suis re-connecté à ma dimension de citoyen :
Oui, voilà ce qui définit le mieux la version incarnée du point suspendu que je suis et dont j’ai parlé dans un autre écrit : je suis un citoyen, le citoyen d’un pays géolocalisable depuis longtemps et qui s’appelle La France.
Pour le meilleur et pour le pire, sachant que si ce pays est géographiquement béni des dieux, le peuple qui l’habite, français jusqu’au bout de ses ongles, est particulièrement pénible, hâbleur, erratique et dépressif. Cependant, quels que soient ses défauts, nombreux, il a les qualités de ces défauts, et puis c’est MA famille, c’est MON peuple, celui dans lequel je trempe depuis toujours, celui qui m’a formaté, avec lequel je partage une communauté de destin et une solidarité de fait. Une histoire de liens fraternels, toujours compliqués.
Je suis citoyen, héritier de ce que mes aïeux ont construit en brouillonnant, en bougonnant, dans l’espoir que les lendemains de leurs enfants seront meilleurs que leur propre présent.
Ils ont réussi, je les en remercie et je ne serai pas un ingrat.
– Je me suis re-connecté à mon esprit critique :
Je parle de l’esprit qui place la raison au sommet de ce que peut produire notre cognition. Une raison raisonnée, raisonnante et raisonnable, point d’origine d’un acquis humain fondamental, la démarche scientifique, méthode d’analyse du monde à nulle autre pareille, à l’origine d’un progrès injustement décrié aujourd’hui ; exigence intellectuelle qui délivre des connaissances et des savoirs au moment où toute autre méthode n’accouche que de convictions, de croyances, voire de superstitions.
Esprit critique qui demande des preuves et des faits quantifiables là où d’autres parti-pris se contentent de témoignages, d’émotions ou de ressentis.
Citoyenneté, esprit critique, deux héritages que j’apprends de nouveau à respecter dans leur plus grande rigueur.

J’ai dépoussiéré des mots

Des vieux mots, des mots anciens qu’on ringardise depuis une bonne cinquantaine d’années. Des mots que je revisite pourtant avec plaisir au cours de cette pandémie. Des mots comme nation, patrie, des mots poussiéreux qu’on dit dépassés. Et pourtant, en cette période troublée, j’ai pu re-découvrir que la solidarité ne fonctionnait pratiquement qu’à leur niveau. Qu’on décide de suivre le schéma vaccinal proposé gratuitement, ou bien qu’on s’en abstienne, cette solidarité nationale fonctionne et ne demande pratiquement rien en retour, ou si peu.
J’ai compris que le mot liberté, mis à toutes les sauces et caution de tous les prétextes, perdait de son sens.
J’ai compris que derrière ses revendications se cachaient bien souvent des haines construites de toutes pièces, et des peurs, pour la plupart parfaitement irrationnelles. Haine des puissants, des lobbies, d’instances gouvernées par de supposées puissances occultes. Peur des vaccins, de leurs effets secondaires fantasmés, peur de perdre sa pureté corporelle porteuse d’un lien privilégié entre soi-même et un univers bienveillant qui se montre, entre nous, bien hygiéniste1.
Deux ans plus tard, et après de nombreux accès de fièvre informationnelle, on peut affirmer que toutes ces haines et ces peurs relèvent de balivernes, de foutaises, de bullshits, pour reprendre un mot qui circule sur internet, mais en attendant, le mal est fait et le mot liberté est foré de l’intérieur : regarde-le, les lettres sont toujours là, mais un glissement sémantique pernicieux en vide la substance et le rapproche de l’archaïque « moi d’abord, mon nombril en mon centre, le reste n’est qu’entraves ! ».
En contrepoint, j’ai re-découvert la puissance de notre devise nationale Liberté, Egalité, Fraternité.
Une devise coercitive en même temps qu’elle est libératrice. Une devise dont on doit apprendre à re-construire les liens : la Liberté n’est rien sans l’Egalité n’est rien sans la Fraternité n’est rien sans la Liberté, et retour, à la façon de l’ouroboros grec.
Liberté, Egalité, Fraternité, Nation et Patrie sont tous les concepts que je m’approprie de nouveau dans toute la profondeur voulue par nos aïeux.
Certes, il me reste encore un petit bout de chemin à faire pour les débarrasser de toutes les passions tristes que des réflexes identitaires leur ont collé2, à l’identique d’intellectuels qui, par réaction, en ont refusé toute la réalité.
Work in progress, mais c’est vrai que la crise n’est pas finie 🙂 !

Nos démocraties libérales sont en péril

J’ai -appris que nos démocraties, pauvres choses fragiles, ne fonctionnent qu’en vertu d’un consensus qui nous rassemble. Ce consensus, substantifique moelle qui donne implicitement du sens à nos relations sociales, joue de moins en moins bien son rôle. Et là, je reconnais que la crise sanitaire n’est pas la seule cause de toutes les forces centrifuges qui pètent notre cadre consensuel. Cependant, je veux détailler ici sa part toxique dans cet éclatement inévitable que je pressens, hélas :
La multiplication des discours hors-sols, ouverts à tous les vents complotistes, folkloriques ou ésotériques, alternatifs à ceux estampillés ‘démarche scientifique‘ a clairement affaibli l’autorité de la Parole, ciment avec lequel on construit du consensus.
Et là, j’ai appris que les réseaux sociovoyous ont une lourde responsabilité dans ce détricotage !
Ces réseaux voyous qui font feu de tout bois n’ont pour objectif que de remplacer les communautés nationales par des couloirs de certitudes3 où s’agglomèrent des convaincus d’avance qu’ils caresseront dans le sens du poil. Convaincus qui viendront se convaincre toujours un peu plus en suivant les algorithmes élaborés par Saint Marck Zuckerberg, Saint Parag Agrawal ou Saint Google.
A cause de ces réseaux voyous, la Parole (oui, j’assène encore la majuscule) devient flottante, elle ne s’arrime à plus rien d’autre qu’à l’affirmation de ceL qui se montre le plus convaincu dans sa posture.
Ainsi — et je vais déborder un peu — nos démocraties libérales se trouvent-elles prises en tenaille entre de nouveaux seigneurs de la guerre à la tête d’Etats voyous et, d’un autre côté, des algorithmes mielleux qui flattent nos egos de démocrates amollis.

Au fond, Tocqueville avait raison et je me demande si les pères fondateurs de nos démocraties modernes n’ont pas rêvé l’homme et la femme trop grands, alors qu’ils se montrent incapables de supporter l’exigence d’une telle organisation !
Je me demande s’ils avaient bien conscience de notre trollisme congénital.
Ah tiens ! Trollisme congénital est le titre d’un vieux texte que je publierai la semaine prochaine, ça tombe bien et ça me fera des vacances.

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Pour finir, regarde plus bas comment je visualise les effets de la crise sanitaire…
et du réchauffement climatique.
Macabre ?
Mais non voyons, il suffit juste d’écouter le titre Oxygène tiré de l’album du même nom de Jean-Michel Jarre, illustré par ce dessin 🙂
J’écoutais ce titre en 1977, à fond les ballons, dans le coupé Scirocco que mon père voulait bien me prêter alors que j’étais un tout jeune conducteur.


1 Je fais ici référence à de nouvelles formes de spiritualités qui pensent que les vaccins affaiblissent l’âme humaine et le lien entre être humain et univers. Pour moi, ces spiritualités où le corps doit rester le plus virginal possible, sont des mouvements hygiénistes qui réinventent le pur et l’impur, et réactualisent la notion de péché. Sans trop le reconnaitre, ces spiritualités constituent une part non-négligeable des antivax.

2 Pas de -es à la fin de « collé », parce que j’ai pas envie tout simplement. Te rends-tu compte comment il faut déconstruire la phrase pour voir que « collé » s’accorde avec « passions tristes » ?!
A m’ment donné, ça suffit les conneries
!

3 couloirs de certitudes : expression calquée sur les « couloirs de solitudes » du monde du théâtre. Attention ! marque déposée. Si tu la reprends à ton compte parce que tu la trouves pertinente, souviens-toi qu’elle est de moi 🙂

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