Miroir, mon beau miroir

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Dans la nouvelle série qu’elle vient de réaliser, Blanche Gardin part à la recherche de la meilleure version d’elle-même.

Torturée pas des douleurs intestinales invalidantes, elle décide de chercher les causes de cette pathologie et se tourne vers une médecine qui propose des solutions dans le registre de la somatisation. Ainsi, le naturopathe qu’elle consulte lui apprend que son mal est le symptôme du manque de respect qu’elle a pour elle-même et du manque de considération des gens : « Le public rit de vous, vous rendez-vous compte ?! »
Elle décide donc d’arrêter l’humour caustique et la dérision qui la ruinent de l’intérieur, et cherche à devenir cette personne bienveillante dont on lui parle, cette belle personne qui ne demande qu’à s’épanouir.

La première partie de cette série tournée comme un faux documentaire nous invite à accompagner Blanche Gardin à la découverte de quelques avatars d’une médecine non-scientifique. Elle se prête de bonne grâce aux manipulations et aux recettes exotiques qu’on lui propose. Elle écoute avec sincérité les discours qu’on lui sert, en revêtant parfaitement le costume de la bourgeoise conformiste acquise aux postulats de toutes ces pratiques. Elle envoie balader l’esprit critique grinçant et rationnel qu’on lui connait en tant qu’humoriste, pour endosser une vraie posture de candide, de crédule qui récite ce qu’on lui dit plus qu’elle n’y adhère, au moment où elle fait son marché dans la diversité de ces pratiques.
C’est drôle et féroce.
(Une pensée spéciale pour la séquence du plombier 2.0 qui lui vend les vertus de l’eau biodynamisée !).

Le chemin de lumière suivi par Blanche Gardin ne s’arrête pas à cette première partie et le piège du toujours plus loin se referme sur elle lorsqu’elle découvre l’écoféminisme et l’emprise du patriarcat sur les femmes. Cette double découverte traverse la deuxième partie de la série, beaucoup plus grinçante.
On suit Blanche Gardin sur un chemin qu’elle dégage de tout obstacle et qui la conduit à perdre l’empathie qu’on ressent naturellement pour les membres de son entourage, son petit chien inclus.
(Une pensée émue pour Louis CK son compagnon, Rita sa chienne, et pour son propre frère).
On la suit en apprentie gourou intraitable.
(Une pensée spéciale pour la séquence du ramoneur… « plus le conduit est vieux, plus il faut le ramoner« , je te laisse découvrir le contexte).
On la suit en disciple de Mona Chollet qui stabilote compulsivement des lignes et des lignes de son livre, Sorcières.
On la suit dans la découverte de son nombril féminin qui devient une sphère infinie dont « le centre est partout et la circonférence nulle part », nombril insatiable qui se nourrit de lumière seulement, mais qui dévore pourtant tout sur son passage.
On la suit jusqu’à la caricature, jusqu’à la nausée même, jusqu’au « trop », certainement, tant elle envahit tout au fur et à mesure qu’elle écoute son nombril, et je m’arrêterai ici parce que je pense t’avoir déjà pas mal spoilé cette réactualisation trash et à mes yeux réussie, du mythe de Narcisse, « de lui-même épris », cf l’affiche.

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Au fond, Blanche Gardin explore le côté obscur du Gnothi Seauton, le Connais-toi toi-même de Socrate. Une face sombre où le moi serait empêché, et où tout ce qui fait obstacle à sa beauté et à son innocence originelles serait à supprimer, c’est-à-dire très concrètement tout, et tout le monde.

Elle nous montre les dérives de combats hors-sols et d’un développement personnel qui a perdu son articulation avec un réseau de discours antérieurs composé des récits et analyses mythologiques, religieux, philosophiques et psy.
Ces discours qui nous ont conduits lentement vers l’individuation ne font pas l’économie du besoin de l’Autre dans la découverte de soi, de sa nécessaire dynamique pour s’élever soi-même ou simplement tenir debout. Ils se sont toujours ancrés dans l’idée que l’Autre était là pour nous éviter de croire que les arbres montent jusqu’au ciel, pour nous garder de notre propre hubris.
Ces discours permettaient de prendre de la distance avec l’Autre, c’est vrai, mais ils ne l’éliminaient pas, comme le laisse deviner un développement personnel actuel qui prône un nombrilisme détaché de tout, en lien direct avec l’Univers, arbitre de tout. « Pas de culpa ! » dit un prof de yoga dans la série.
Un développement personnel qui s’articule autour d’un postulat qui voudrait que nous soyons sur Terre pour être heureux, ce qui, de mon point de vue, reste à démontrer.

Pour avoir oublié toutes ces limites, la Blanche colombe s’est brûlé les ailes.
Attendons la saison 2.

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