Bref, moi on me dit vous !

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Bref.


Comme d’habitude il était tard,
comme d’habitude j’étais chez moi,
comme d’habitude dans ma chambre,
comme d’habitude j’étais au pieu,
comme d’habitude je rêvassais,
mais cette fois, j’étais pas seul.

Elle et moi, on venait tout juste de s’envoyer en l’air (non),
baiser (non),
coucher ensemble (non),
jouer au mikado (c’est malin),
faire l’amour (oui).

Je caresse ses cheveux, je me fais tout tendre et je lui dis Alors, heureuse ?
Elle rit, elle caresse ma poitrine qu’elle embrasse et elle me dit T’es trop mignon, ça se dit plus !
Moi je dis rien, un ange passe.
Et il repasse,
et il repasse,
et il…
Bref. Sans arrêt.

Elle se penche sur moi et elle me dit J’ai envie de chocolat, t’en veux ?
Je la regarde et je me dis que c’est pas parce qu’on vient de faire l’amour qu’on doit plus mettre les formes. Je lui dis qu’on dit Est-ce que tu en veux ? ou alors en veux-tu ? plus soutenu c’est vrai et pas vraiment de circonstance, mais en aucun cas t’en veux ?
Elle se fige, elle me dit T’es sérieux ?
Je la regarde genre je suis sérieux, elle s’interroge.
Je la regarde genre je lâche rien, elle recule.
Je la regarde genre tu m’as compris, elle m’a compris.
Elle dit Bon, et bien je vais me chercher du chocolat, j’en ai besoin.

Quand elle revient y a comme un froid,
l’ange fait le gros dos,
le robinet fait plic-ploc,
la clim fait woooo,
et le réveil fait tic-tac.
Elle finit son chocolat, regarde en face et se caresse les lèvres du bout du doigt.

Quand elles font ça, c’est pas bon signe, alors je lui demande si ça va Ca va pas ?
Elle répond pas et puis elle pense.
Alors je pense à ce qu’elle pense :
J’ai pris ma pilule ? (non)
J’ai donné à manger au chat ? (non, ça peut pas, Caramel est mort, elle me l’a dit.)
Et s’il avait une MST ? (non)
Je lui propose un Mikado ? (c’est pas malin)
Qu’est-ce que je fous avec ce blaireau ? (gagné)
Elle se tourne vers moi, elle me dit J’ai passé un bon moment avec toi, mais faut que je parte.

Et là, je me rends compte qu’en plus, elle me tutoie, et je lui demande si on a bu dans le même biberon D’où se connaît-on pour que vous me tutoyiez de la sorte ?
Elle me dit que je suis un grand malade et qu’on vient, au cas où je l’aurais oublié,
de béliner le joyau (non)
chatouiller le bijou (non)
donner du picotin (non)
jouer à cache-tampon (t’es vraiment pas malin)
faire l’amour (oui).

Je lui dis que c’est pourri comme raisonnement et que des gens peuvent faire l’amour pendant vingt ans sans se connaître mieux Je connais des amis très proches qui se sont séparés avec l’impression d’avoir passé leur vie à côté d’un inconnu alors, je vous en prie, vous me pointez là un argument irrecevable pour autoriser le tutoiement.

L’ange passe et se fait avaler par la clim qui fait plic-ploc,
je touche mon réveil qui m’envoie de l’air frais,
elle compte les secondes du robinet.
Elle se lève et elle s’habille façon jump cut :
plan 1, elle est en slip,
plan 2, elle est habillée,
Plan 3, elle est devant la porte.
Là, elle se rend compte qu’elle a oublié son soutif.
Je lui dis Vous l’avez déposé sur l’abat-jour de la lampe de chevet.
Plan 1, elle est devant la porte,
plan 2, elle est torse nu,
plan 3, elle est devant la porte, le soutif sur le pull, et là je me dis qu’on n’est pas raccord.

Je lui dis
Faustine (non),
Camille (non),
Manon (non),
Juliette, avant que vous partiez, je souhaitais vous dire que je vous range dans le best-of de mes plans cul.
Elle me gueule dessus que je suis un total gros connard et puis elle claque la porte.
Je comprends pas, c’était un compliment, et puis j’ai noté large.

La clim recrache l’ange qui se plaint d’être dépeigné.
Je lui dis que la prochaine fois, il évitera de s’approcher des clims
et puis qu’il faut savoir vivre avec son temps
et puis qu’il a pas à me tutoyer lui non plus
et je l’éclate contre le mur d’un coup de magazine.

Bref.
Comme d’habitude il est tard,
comme d’habitude je suis chez moi,
comme d’habitude dans ma chambre,
comme d’habitude je glandouille,
comme d’habitude je suis tout seul.

Moi, on me dit vous quand on me cause.
Bref.
Quand on me cause.

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Y a des fois, je me trouve drôle !
Texte écrit en 2007/08 pour le site Weloveword, site de partage d’écriture qui a fondu les plombs si je crois bien.
Une habitude des internautes était d’échanger en se tutoyant, je supportais pas ça. J’ai l’impression que depuis, on s’est remis au vouvoiement.


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